«
On me surnomme la maîtresse du monde, la sorcière d’Égypte, le monstre. On loue ma beauté. On me compare à la déesse Isis. Mais c’est par les charmes de l’esprit et les séductions de l’intelligence que je veux combattre et séduire. »
Elle était « la séduction même », une « polyglotte extraordinaire », sa voix était « suave et chantante », son esprit « merveilleux d’intelligence », son sein « d’une blancheur exceptionnelle, à travers le voile de Sidon », ainsi s’expriment les contemporains de Cléopâtre (69-30 av. J.-C.). Ni César ni Marc Antoine ne surent résister à ses charmes. Cruelle, perverse, manipulatrice, assoiffée de pouvoir, Cléopâtre VII Philopator semble réunir en elle tout ce que la beauté sans retenue, l’esprit sans conscience, la passion sans frein peuvent produire de plus lumineux et de plus sombre. Nul besoin d’accuser ou de réhabiliter Cléopâtre : la vie de la reine d’Égypte, qui nous fascine depuis deux mille ans, parle d’elle-même. C’est celle-ci que Joël Schmidt nous restitue, impudique et féroce, dans toute son humanité.
« Chez les Schmidt, le talent est héréditaire ; le père, Albert, grand critique et grand professeur ; le fils, Joël, historien abondant, esprit livre, écrivain de promptitude. Dans une collection de poche — la série biographique que dirige Gérard de Cortanze —, il fait profiter Cléopâtre de sa connaissance érudite de l’Antiquité et de son art de rendre sans racolage journalistique le passé présent. Il restitue un personnage pervers et éclatant, au romanesque énigmatique et sulfureux, en s’interdisant de solliciter son légendaire de fascination. Ni plaidoyer ni réquisitoire, ce livre sans travestissement est d’une rigueur informée et, en même temps, d’un entrain naturel. L’histoire, ici, donne rendez-vous à l’intelligence politique et au charme soutenu du récit maîtrisé. »
Paul Vandromme,
Valeurs Actuelles, 6 juin 2008