« Celui-là, il crie pour deux ! Lorsque ma mère entend cette réflexion d’une infirmière au sortir de l’anesthésie, mon destin est scellé. Ma jumelle est morte, et je resterai à jamais seul dans le double berceau qui a été prévu.
Ainsi dès que je commence à respirer suis-je investi d’un devoir dont je comprends inconsciemment l’importance : être à la fois moi et quelqu’un d’autre, crier pour deux, parler pour deux, vivre pour deux. »
Au fil d’un roman intimiste bouleversant, Joël Schmidt imagine l’histoire d’un amour absolu autant qu’improbable. Un frère séparé de sa sœur à la naissance croit reconnaître, des années plus tard, celle qu’il n’a pas eu le temps de découvrir et d’aimer. Attiré par cette femme à la fois inconnue et familière, il va tout faire pour la rejoindre et réparer la déchirure originelle qui a brisé son existence.
Dans la grande tradition romantique, un récit troublant, hanté par la quête d’infini.
« Je suis né orphelin d’une jumelle qui n’a pas vécu. Dans ma vie comme dans mes romans, j’ai, sans le vouloir vraiment, pratiqué les thèmes et les variations de l’idée du double, en les masquant derrière le fantastique. Puis parvenu à un âge certain, je viens d’ôter tous mes masques, et j’ai raconté comment j’avais pu me raccrocher dans la réalité comme dans la fiction à une princesse des songes qui, bien réelle, et pourtant jamais approchée, a servi de jumelle de substitution toute ma vie durant. »
Joël Schmidt, sur le site Écrivains croyants
Depuis la mort de Marcel Schneider, Joël Schmidt, 72 ans, est notre dernier grand romantique. Il croit à l'amour absolu, à la passion pure, à l'union des âmes. […] Voici son livre le plus ressemblant, le plus émouvant, le plus personnel. Il y raconte le glorieux et impossible amour de deux êtres qui, pendant soixante ans, se jurent fidélité sans jamais se voir. […] Devenus vieux, ils restent deux grands enfants perdus dans leur gémellité. Brillant et rond, ce roman est leur anneau d'alliance.
Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur
Bien qu’il soit l’auteur d’une œuvre riche d’une quarantaine de romans, essais, biographies…, Joël Schmidt nous livre ici un texte à la fois si intime et si puissant qu’il en émane la grâce magique d’un premier roman. « Une œuvre ne saurait être plus condamnable qu’un cri. Tout drame inventé reflète un drame qui ne s’invente pas. » Bel exergue que ces deux phrases de Mauriac choisies par l’auteur. Car ce sont bien les fils de sa propre histoire qu’il tire un à un pour nous emmener, comme seuls les grands romanciers savent le faire, au-delà de ce qui a été, vers ce qui aurait pu être…
[…]
C’est cette quête de l’Autre que relate ce magnifique récit à deux voix. Dans une même interrogation existentielle, dans une même démarche en miroir, dans un même souffle, sans relâche les deux protagonistes se lancent à la poursuite de leur double, pendant masculin ou féminin, reflet fantasmé de leur moi. Mais la confrontation physique n’aura pas lieu. Aucun d’eux ne se mettra en danger, préférant demeurer dans le confort onirique. Cependant, il se pourrait qu’en choisissant d’écrire ce récit autobiographique, Joël Schmidt ait décidé de lancer un pont entre rêve et réalité. Un cri pour deux n’est-il pas le plus bel hommage qu’un homme puisse écrire à la femme aimée ? À la femme en général ? Gageons qu’Armelle ne saurait y être insensible…
Cécilia Dutter, La revue littéraire
Malher aurait pu composer à son intention son Chant des Enfants morts. Un hymne à l’amour pour ceux qui sont partis avant d’avoir émis leur tout premier souffle. Le cri originel, celui d’une petite fille. Elle se serait appelée Elisabeth. « Je n’ai jamais vécu que pour elle »…Ainsi débute le dernier roman de Joël Schmidt, auteur prolixe, bien trop discret, qui se nourrit d’histoire romaine et de littérature comme d’autres d’émissions télévisuelles et de déclarations fracassantes… Un petit garçon de neuf ans croise un jour le regard d’un bébé, ils portent le même prénom, il décide qu’en elle repose sa jumelle perdue… Armel-Joël cherche son double, l’écho, l’autre perfection qui le fascine, le harcèle et l’épouvante tout en même temps car elle est son propre miroir et personne n’aime affronter son reflet. Armelle-Joëlle est fonctionnaire dans une ville de province, une vie étriquée, et des romans pour la faire rêver, ceux d’Armel-Joël. Une cantate à deux voix… Ils se croisent furtivement, ils se touchent à peine, puis ils repartent, non, ils fuient chacun de leur côté car la quête ne doit jamais être consommée. Mais la jeunesse s’enfuit, les illusions aussi, vient le temps de la solitude pour chacun d’eux. Joël Schmidt, grand amoureux, nous offre son plus beaux livre, subtil alliage de liesse et de mélancolie, on appelle cela un enchantement.
Stéphanie des Horts, Valeurs Actuelles
…Les admirateurs des niaiseries sentimentales à la Jardin peuvent passer passer leur chemin : nous sommes ici dans un romantisme absolu, échevelé, nourri de hasards objectifs qui n’auraient pas déplu à Breton. Nos héros improbables qui préfèrent imaginer leur vie que se confronter à la réalité vont quand même multiplier les occasions ratées, les rendez-vous à peine esquissés, les rencontres fortuites dans les livres, mais aussi à Trouville, à Paris ou à Vichy, dessinant ainsi une géographie subtile d’une quête de l’amour absolu. Peut-on aimer une personne que l’on n’a jamais vue ? Joël Schmidt nous le démontre avec élégance et brio, avec une simplicité peu courante aujourd’hui. On songe à Zweig et à sa fameuse Lettre d’une inconnue, mais écrire cette fois par des jumeaux. Bravo l’artiste !
Ariane Bois, Service Littéraire
Joël Schmidt a réussi à marier sa culture d'historien avec son imaginaire de romancier. En 2009, son essai Le Christ et César (Desclée de Brouwer) suivi d'un Alexandre le Grand (Folio biographies) précédaient la parution d'un roman qui en dit long sur ce double auteur également critique littéraire.
Un cri pour deux, c'est derrière le masque du fameux « Mentir-vrai » d'Aragon une façon de passer brillamment aux aveux. Mais aussi revenir sur l'antique conflit du réalisme et de l'idéalisme. Armel et Armelle, les âmes sœurs du récit finiront-elles par se trouver après avoir attendu si longtemps ?
Jean-Claude Lamy, Le Midi libre
La magie de Joël Schmidt s’appuie sur une tendre délicatesse : chacun des deux narrateurs ne voulant brutaliser ni les événements, ni sa vie, ni l’autre. « Nous sommes naturellement attirés l’un vers l’autre et même si nous le refusons, une sorte de providence suprême nous empêche d’y échapper », écrit-il. Et elle : « Je me trouve toutes les raisons pour me dire que la situation n’est pas mûre. » La liberté ne serait-elle pas le prix d’une lente et patiente maturation ?
Joël Schmidt a évité les écueils baudelairien (« O toi que j’eusse aimé, ô toi qui le savait ») ou verlainiens : « Ni toute à fait la même ni tout à fait une autre » ou encore une vision complètement platonicienne de la relation humaine. Il les respire. Il les a en lui, il nous emmène avec une retenue et une sobriété qui font l’élégance et le style dans cette histoire d’amour touchante. Pas très loin de la conclusion, Armel avoue : « Car pour moi, il n’est qu’un seul livre que je vous consacre pour toujours, c’est celui-là, celui que je suis en train d’écrire et que je vous enverrai, si jamais un jour il est édité, et qui doit briser pour toujours le mur imaginaire qui nous sépare ». Il a alors plus de soixante-dix ans. La gémellité d’Armel aurait-elle enfanté la femme idéale ? Qui ne serait qu’un personnage de roman A cette question complexe, Un Cri pour deux donne une réponse paisible : la vie. Celle qui enchante.
Christophe Mory