Vie et mort des esclaves dans la Rome antique

Éditions Albin Michel, 1973, réédition 2003

ISBN 222613686X, 288 pages, 19,50 €

Déportés dans les mines ou dans les carrières, machines humaines tout juste bonnes à faire tourner la meule à blé, hommes et femmes métamorphosés en bêtes pour la plus grande gloire de Rome républicaine et impériale, tels furent parfois les esclaves dont Joël Schmidt a entrepris de nous conter la vie et la mort. Non content de leur donner la parole tout au long de ce livre, il les montre tour à tour martyrs d’une civilisation sans machine et héros d’une révolte sans espoir. Et c’est vrai que, pour comprendre cette civilisation romaine, tout ensemble belle et égoïste, grande et impitoyable, il faut imaginer les sifflements des lanières sur les dos suppliciés et les plaintes de ce premier peuple de la Nuit.
Mais ce serait une erreur grossière que de reporter sur ces esclaves notre propre mentalité, forgée par deux mille ans de christianisme, et justement renforcée par l’abolition de l’esclavage au XIX e siècle comme par le développement d’un machinisme perfectionné. En historien, l’auteur explique et justifie même le comportement des Romains : outils précieux dans une civilisation non mécanisée, les esclaves nécessitaient attention, soins et ménagement. Et, sans donner de leur condition une vision idyllique, Joël Schmidt se plaît à discerner les rapports de confiance et d’affection qui s’établissaient entre eux et leurs maîtres. Enfin, il met un terme à la légende d’un christianisme abolissant, dans l’Antiquité, l’esclavage.
Au total, la vie et la mort des esclaves, tantôt affreuses, tantôt héroïques, c’est aussi la vie et la mort d’une civilisation qui fit de l’esclavage une effroyable nécessité pour tenter d’assurer, avec le sang et les larmes d’hommes et de femmes-machines, sa gloire et sa pérennité dans la plus cruelle des contradictions.