Albert-Marie Schmidt fut un homme aux multiples visages,
aux perpétuelles facettes, en continuelle métamorphose, à la fois vivant et insaisissable, présent et ailleurs, habité par une curiosité d’outre-monde et d’outre-tombe et détaché de l’univers, en proie à la mesure classique et à la démesure baroque, ange candide ou démon luciférien, universitaire inclassable et homme de lettres surprenant.
Écrire un tel homme était un défi que son fils tente de relever par l’interprétation du roman, en s’adressant à ce souverain solaire et lunaire, dont il se sent l’héritier et le disciple, en le traquant dans ses lumières et ses ombres, en le découvrant et le recréant dans son parcours initiatique sur une terre à laquelle il apporta ses clairs-obscurs, comme des présents et des dons. Ceux-ci étanchèrent bien des soifs spirituelles, bien des faims intellectuelles de ceux qui l’approchèrent dans un tropisme ensorcelant.
Après tant de livres où les fils règlent leur compte avec leurs pères, le roman de Joël Schmidt est un acte d’amour, un hymne à la gloire magique d’un père, un chant triomphal de jubilation et de libération.